
Le Québec dans un monde de prédateurs
Comprendre, anticiper et défendre nos intérêts nationaux
À la suite de la publication de mon dernier livre, Manifeste pour une nation ambitieuse : le Québec à la croisée des chemins, j’ai souhaité poursuivre la réflexion sur les grands enjeux et les défis auxquels le Québec d’aujourd’hui et de demain devra faire face.
Nous vivons une période de profondes transformations. Bouleversements géopolitiques, retour du protectionnisme, révolution de l’intelligence artificielle, changements climatiques, fragilisation des chaînes d’approvisionnement, course aux ressources naturelles et aux minerais critiques : le monde évolue rapidement et les rapports de force économiques se redessinent.
Dans ce contexte, je souhaite proposer une série de courts articles sur un sujet encore trop peu présent dans le débat public québécois : l’intelligence économique.
Avec la précieuse collaboration de M. Younès Dadoun, auteur du mémoire de maîtrise intitulé L'intelligence économique : enjeux et perspectives au Canada[1], doctorant à l’ÉNAP et candidat du Parti Québécois dans Anjou-Louis-Riel aux prochaines élections provinciales, mon objectif est de sensibiliser les citoyens aux transformations en cours et aux choix que nous devrons faire collectivement pour protéger nos intérêts, renforcer notre autonomie et préparer l’avenir d’une nation appelée, je l’espère, à devenir un pays.
Car derrière les grands enjeux économiques et géopolitiques se trouve une question fondamentale :
Le Québec sait-il vraiment défendre ses intérêts économiques, politiques et stratégiques ?
Imaginons une entreprise québécoise.
Elle possède une technologie prometteuse, emploie des centaines de personnes et œuvre dans un secteur stratégique. Un jour, une entreprise étrangère souhaite l’acquérir.
Que fait le Québec?
Qui analyse les conséquences à long terme de cette transaction? Qui évalue l’importance de cette technologie pour notre économie? Qui cherche à savoir si l’acheteur agit uniquement pour des raisons commerciales ou si cette acquisition s’inscrit dans une stratégie économique plus vaste?
Et surtout : qui défend les intérêts du Québec?
L’intelligence économique[2]consiste à mieux comprendre le monde pour mieux défendre ses intérêts.
Observer les transformations économiques. Recueillir et analyser l’information. Identifier les menaces et les occasions. Anticiper les décisions des autres. Et surtout, agir avant qu’il ne soit trop tard.
L’économie mondiale n’est pas simplement un immense marché régi par les seules règles de l’offre et de la demande.
C’est aussi un monde de concurrence, d’influence et de rapports de force.
Les grandes puissances économiques l’ont compris depuis longtemps. Elles protègent leurs technologies stratégiques, soutiennent leurs entreprises, sécurisent leurs approvisionnements, surveillent les investissements étrangers et cherchent à contrôler les ressources essentielles à leur développement.
Elles tentent d’anticiper les transformations du monde plutôt que de simplement les subir.
La pandémie nous en a donné un exemple spectaculaire.
Du jour au lendemain, nous avons découvert notre dépendance envers des chaînes d’approvisionnement situées à des milliers de kilomètres. Médicaments, équipements médicaux, composantes électroniques : des produits essentiels pouvaient soudainement devenir difficiles à obtenir.
Le Québec avait pourtant été, pendant des décennies, un important centre de recherche pharmaceutique. La pandémie a révélé les conséquences de l’affaiblissement de cette capacité stratégique et notre dépendance envers des décisions prises ailleurs[3].
Nous avons alors compris une chose capitale : la prospérité économique ne garantit pas l’autonomie.
Depuis, les bouleversements se multiplient comme je le mentionne dans mon introduction : retour du protectionnisme, rivalités entre grandes puissances, course aux minerais critiques, développement fulgurant de l’intelligence artificielle, cybersécurité, contrôle des données, changements climatiques et transformation des chaînes d’approvisionnement.
Le monde économique devient plus complexe, plus rapide et plus imprévisible.
Dans ce contexte, gouverner ne consiste plus seulement à administrer les affaires courantes et encore moins à improviser au gré des vents électoralistes.
Il faut voir venir.
Quels secteurs seront stratégiques dans vingt ans? Quelles entreprises québécoises possèdent des technologies essentielles? De quelles ressources dépendons-nous? Quels sont les risques liés à nos chaînes d’approvisionnement? Quelles décisions prises aujourd’hui pourraient compromettre notre autonomie demain?
Pour répondre à ces questions, un État doit développer une véritable capacité d’anticipation.
Le Québec possède déjà une expertise considérable. Nos ministères, nos sociétés d’État, nos institutions financières, nos universités et nos centres de recherche produisent une quantité phénoménale d’informations et d’analyses.
Mais posséder de l’information ne suffit pas.
Encore faut-il être capable de la partager, de la croiser, de l’analyser et de la transformer en décisions stratégiques.
C’est précisément le rôle de l’intelligence économique.
Elle permet à un État de mieux connaître ses forces et ses vulnérabilités, de comprendre les stratégies des autres acteurs et d’agir en fonction de ses intérêts à long terme.
Cela suppose toutefois de répondre à une question importante :
Quels sont les intérêts stratégiques du Québec?
Quelles entreprises voulons-nous protéger? Quelles technologies devons-nous maîtriser? Quelles ressources devons-nous valoriser ici plutôt que simplement les exporter? Quels secteurs économiques voulons-nous développer? Jusqu’où sommes-nous prêts à dépendre de décisions prises ailleurs?
Ces questions ne concernent pas uniquement les économistes, les fonctionnaires ou les dirigeants d’entreprises.
Elles concernent l’ensemble de la société québécoise qui doit se poser ces questions essentielles :
Qui décidera de notre avenir économique?
Nous-mêmes ou les autres?
Dans le monde qui se dessine, les nations qui sauront comprendre, anticiper et agir disposeront d’un avantage considérable.
Les autres risquent de passer leur temps à réagir aux décisions prises ailleurs.
Le Québec a donc un choix à faire.
Continuer à administrer le présent.
Ou apprendre à préparer l’avenir.
[1] Intelligence économique entre enjeux et perspectives au Canada, Dadoun, 2023
[2] L’intelligence économique: un impératif oublié pour le Canada, 3 juin 2024, les affaires
[3]P.14 Libre en Amérique, Le Québec à l’aube d’un monde nouveau, Simon-Pierre Savard-Tremblay, éditions Somme Toute
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Dans le premier texte de cette série, nous avons vu que l’intelligence économique consiste à mieux comprendre le monde pour mieux défendre nos intérêts. Encore faut-il préciser de quels intérêts il s’agit, et surtout, qui les défend.
Dans le débat public, on présente encore souvent l’économie comme un espace neutre où le marché répartirait naturellement les ressources. Pourtant, dans le monde réel, les États protègent leurs emplois, leurs technologies, leurs infrastructures, leurs données, leurs ressources naturelles, leur énergie et, au bout du compte, leur capacité de décider par eux-mêmes. Ils cherchent surtout à éviter qu’une dépendance d’aujourd’hui ne devienne une vulnérabilité demain.
Les États-Unis en offrent un exemple parlant. Ils investissent massivement afin de renforcer leur production de semi-conducteurs et limitent l’accès de certains concurrents à des technologies sensibles. L’objectif étant de préserver leur avance technologique, leur capacité industrielle et leur sécurité économique.
La Chine agit selon une logique différente, mais poursuit le même objectif. En contrôlant l’exportation de certains minéraux critiques, elle rappelle qu’un pays qui maîtrise un maillon essentiel d’une chaîne de valeur possède aussi un puissant levier économique et géopolitique.
En Europe, plusieurs gouvernements renforcent également leur capacité d’action. La France encadre davantage les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques, tandis que l’Allemagne est intervenue pour protéger son approvisionnement énergétique. Lorsqu’un actif est jugé essentiel, l’État n’attend pas toujours que le marché règle seul le problème.
Le Japon illustre une autre dimension de cette stratégie. Par l’entremise d’organismes comme la JETRO, il recueille et diffuse de l’information sur les marchés, accompagne ses entreprises à l’étranger et soutient leur développement international. L’information économique y devient ainsi un instrument concret de compétitivité et d’influence.
Le Canada agit lui aussi lorsque des enjeux de sécurité nationale sont en cause, notamment en examinant certains investissements étrangers, en protégeant ses minéraux critiques et en limitant l’accès à des technologies jugées sensibles.
Les États ne se contentent plus d’observer les marchés. Ils surveillent, orientent, investissent, protègent et anticipent.
Et le Québec?
Le Québec dispose déjà de plusieurs leviers : une politique industrielle, des sociétés d’État, des outils de financement, une stratégie énergétique et un important pouvoir d’achat public.
L’appui à Nemaska Lithium visait à transformer ici une ressource stratégique plutôt que de l’exporter brute. Cette logique permet de capter davantage de valeur, de développer une expertise locale et d’ancrer des emplois qualifiés au Québec.
À l’inverse, le dossier Northvolt rappelle qu’un investissement public majeur doit toujours s’accompagner d’objectifs clairs, de mécanismes de suivi rigoureux et d’une capacité réelle à défendre les intérêts québécois lorsque les circonstances changent.
Quant à Medicago, sa disparition a démontré qu’une expertise scientifique ne suffit pas si l’on ne protège pas également les capacités industrielles, financières et décisionnelles qui lui permettent de durer.
Bien sûr, défendre ses intérêts ne signifie pas intervenir à l’aveugle ni tout protéger indistinctement. Les politiques industrielles comportent des risques : mauvais choix technologiques, gaspillage de fonds publics, favoritisme, protectionnisme mal ciblé ou influence excessive d’intérêts privés.
L’État doit savoir comment intervenir: selon quels objectifs, quels critères, quelles contreparties et quelle reddition de comptes. Une stratégie crédible de défense des intérêts nationaux repose moins sur l’improvisation que sur une gouvernance rigoureuse.
Le Québec ne possède pas encore tous les leviers d’un État souverain, mais il en détient déjà plusieurs : financement, réglementation, énergie, marchés publics, développement régional, soutien à l’innovation et ancrage des chaînes de valeur. Encore faut-il les utiliser dans une vision d’ensemble.
Concrètement, cela suppose au minimum une capacité permanente de veille et d’analyse stratégique au cœur du gouvernement, ainsi qu’une identification claire des actifs stratégiques québécois : entreprises, technologies, infrastructures, ressources, données et dépendances critiques.
Tout soutien public important devrait également être assorti de conditions précises : transformation locale, maintien des centres décisionnels, développement de la propriété intellectuelle, formation de la main-d’œuvre, obligations de transparence et mécanismes de révision lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous.
Le Québec pourrait aussi s’inspirer du modèle japonais en renforçant l’accompagnement stratégique de ses entreprises. Il ne suffit pas de leur offrir du financement. Il faut également les aider à comprendre les marchés étrangers, à détecter les occasions, à anticiper les risques et à développer des réseaux internationaux.
C’est la principale leçon des exemples étrangers : les États qui définissent clairement leurs intérêts et se donnent les moyens de les défendre sont mieux préparés aux bouleversements économiques que ceux qui s’en remettent uniquement aux forces du marché.
La défense des intérêts nationaux n’est donc ni du protectionnisme ni un repli sur soi. C’est une approche de l’action gouvernementale. Dans un monde où les rapports de force économiques se multiplient, cette méthode devient de moins en moins un choix et de plus en plus une nécessité.
Dans le prochain article, nous verrons comment transformer l’information en véritable capacité d’action.
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Références :
Le Rapport Martre — Intelligence économique et stratégie des entreprises
Intelligence économique entre enjeux et perspectives au Canada, Dadoun, 2023
Le Canada et l’intelligence économique: s’inspirer des modèles mondiaux, 1erjuillet 2024, les affaires
https://www.congress.gov/bill/117th-congress/house-bill/
https://www.chips.gov/
Ministère du Commerce de la République populaire de Chine
https://www.economie.gouv.fr/
https://www.bmwk.de/
https://ism.gov.in/
Investissement Québec
Gouvernement du Québec
Chaque jour, le gouvernement du Québec produit et reçoit une quantité phénoménale d'information. Les ministères accumulent des données économiques, les sociétés d'État connaissent leurs secteurs, les universités publient des recherches, les délégations à l'étranger observent les marchés, les entreprises signalent les tendances et l'Institut de la statistique du Québec documente l'évolution de notre société.
L’information existe, il faut donc briser les silos et la relier.
Que vaut une étude sur les minéraux critiques si elle n'est jamais croisée avec les besoins futurs en énergie? Que vaut une analyse sur les chaînes d'approvisionnement si elle n'est pas mise en relation avec les investissements publics, la recherche universitaire ou les politiques commerciales? Une information isolée est rarement suffisante pour prendre une bonne décision.
D’où l’importance d’intégrer l'intelligence économique à nos politiques.
Comme évoqué dans les précédents billets, l'intelligence économique ne consiste pas à accumuler davantage de rapports ou de statistiques. Elle consiste à transformer l'information en capacité d'action. Elle cherche à répondre à nous aider à voir ce qui se passe, en quoi c’est important, identifier les risques et les occasions. C’est une aide à la prise de décisions sur les courts, moyen et longs termes.
Les gouvernements qui réussissent le mieux sont rarement ceux qui possèdent le plus de données. Ce sont ceux qui savent les partager, les analyser rapidement et les intégrer à leurs décisions.
Nous citions l’exemple du Japon dans le précédent article. Il s'appuie sur la JETRO[1]pour suivre les marchés internationaux et accompagner ses entreprises. Aux États-Unis, le National Economic Council coordonne les analyses économiques de l'ensemble du gouvernement avant les grandes décisions. Plus récemment, le programme CHIPS a réuni expertise, financement et suivi afin de reconstruire une industrie stratégique des semi-conducteurs. Ces modèles sont différents, mais ils reposent sur une même idée : l'information n'a de valeur que lorsqu'elle éclaire la décision.
Le Québec dispose déjà de plusieurs atouts. Nos ministères, nos sociétés d'État, Investissement Québec, nos universités et nos instituts de recherche produisent des connaissances de grande qualité. Mais ces expertises demeurent souvent réparties entre différentes organisations, chacune avec ses priorités, ses systèmes d'information et ses méthodes de travail. Le risque est que personne ne possède une vision d'ensemble au moment où une décision stratégique doit être prise.
Les dossiers de Nemaska Lithium, Medicago ou Northvolt rappellent qu'un gouvernement doit souvent décider dans un contexte d'incertitude. L'objectif n'est pas de prédire parfaitement l'avenir. Il est de s'assurer que les décideurs disposent, au bon moment, des meilleures informations disponibles, des principaux scénarios et des conséquences possibles de leurs choix.
Une véritable capacité d'intelligence économique ne remplacerait ni les élus ni les ministères. Elle agirait comme un point de convergence. Son rôle serait de faire circuler l'information, de croiser les expertises, de détecter les signaux faibles, d'évaluer les risques et de suivre les résultats des décisions prises.
Savoir avant de décider ne signifie pas attendre de tout connaître. Aucune analyse ne fera disparaître l'incertitude. En revanche, un gouvernement qui apprend à mieux partager ses connaissances, à anticiper les changements et à ajuster rapidement ses politiques dispose d'un avantage considérable.
Dans un monde où les transformations technologiques, économiques et géopolitiques s'accélèrent, l'information est devenue une ressource stratégique. Encore faut-il savoir l'organiser. Car la différence entre subir les événements et les anticiper tient souvent moins à ce que l'on sait qu'à la manière dont on utilise ce savoir.
Recommandations pour le Québec
Le Québec pourrait consolider ce qui existe déjà autour de sept mesures pragmatiques :
[1] Japan External Trade Organization - https://www.jetro.go.jp/en/jetro/
[2]Institut de la statistique du Québec
Avant la pause estivale, j’ai publié les trois premiers articles de cette série consacrée à l’intelligence économique et à la capacité du Québec de défendre ses intérêts dans un monde devenu plus instable et plus compétitif.
Nous avons d’abord posé un constat : les relations économiques internationales ne reposent plus uniquement sur le libre-échange et la concurrence. L’économie est aussi devenue un instrument de puissance. Les États cherchent à sécuriser leurs approvisionnements, leurs technologies, leurs marchés et leurs ressources stratégiques afin de préserver leur capacité d’agir.
Nous avons ensuite abordé l’importance de l’information économique : comprendre les transformations géopolitiques, anticiper les risques, détecter les occasions et transformer l’information disponible en capacité d’action. Dans cette nouvelle réalité, disposer de la bonne information et surtout savoir l’interpréter et la partager, devient un véritable avantage stratégique.
Enfin, nous avons vu que défendre ses intérêts ne signifie pas se fermer au monde. Une économie ouverte comme celle du Québec doit continuer à commercer, attirer des capitaux et collaborer avec l’étranger. Mais ouverture ne signifie pas naïveté : certaines entreprises, technologies, ressources et infrastructures ont une importance qui dépasse largement leur seule valeur marchande.
Ce qui nous conduit naturellement à la quatrième étape de cette réflexion.
Avant de défendre ses intérêts, encore faut-il savoir précisément ce que l’on veut défendre.
Dans un monde où les États cherchent de plus en plus à sécuriser leurs ressources, leurs technologies et leurs chaînes d’approvisionnement, l’identification de nos actifs stratégiques devient une condition essentielle à la défense de nos intérêts économiques.
Connaître avant de protéger
Un actif stratégique n’est pas nécessairement une grande entreprise ou une ressource naturelle spectaculaire. C’est tout ce qui contribue de manière importante à notre sécurité, à notre autonomie économique ou à notre capacité d’agir.
L’électricité en est un exemple évident. Notre réseau hydroélectrique constitue un avantage économique considérable, mais aussi une infrastructure essentielle au fonctionnement de toute la société.
Il en va de même de certains minéraux critiques, indispensables à la fabrication de batteries, de technologies numériques ou d’équipements militaires. Dans un contexte où les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements et à réduire certaines dépendances, leur importance géopolitique augmente rapidement.
Mais nos actifs stratégiques sont aussi moins visibles. Ils comprennent nos entreprises technologiques, nos centres de recherche, nos brevets et notre expertise dans des domaines comme l’intelligence artificielle, l’aérospatiale, les sciences de la vie ou les technologies propres. Une découverte réalisée aujourd’hui dans une université québécoise peut devenir, quelques années plus tard, une technologie stratégique d’une immense valeur.
Connaître aussi nos dépendances
Faire l’inventaire de nos forces ne suffit pas. Il faut également connaître nos vulnérabilités et nos dépendances : composants essentiels provenant de l’étranger, hébergement de nos données, contrôle de certaines infrastructures numériques ou encore approvisionnement en médicaments, équipements médicaux et produits essentiels.
La pandémie nous a brutalement rappelé qu’une chaîne d’approvisionnement considérée comme efficace en temps normal peut rapidement devenir une faiblesse lorsqu’une crise survient.
L’intelligence économique consiste à identifier ces vulnérabilités avant qu’elles ne deviennent des crises.
De l’inventaire à l’action
Le Québec devrait donc établir et maintenir un véritable inventaire de ses actifs stratégiques et de ses principales dépendances. Il faudrait ensuite les prioriser, car tout ne peut évidemment pas être considéré comme stratégique. Certaines ressources, infrastructures, technologies, entreprises et expertises méritent toutefois une attention particulière en raison de leur importance pour notre avenir.
Il faut ensuite déterminer comment les protéger et les développer : investissements publics, politiques d’approvisionnement, maintien des sièges sociaux et des centres décisionnels, protection de la propriété intellectuelle, cybersécurité et développement de capacités locales.
L’objectif n’est pas de fermer le Québec au monde. Bien au contraire. Une économie ouverte peut commercer, attirer des investissements et collaborer avec l’étranger tout en sachant ce qu’elle considère comme essentiel et en se donnant les moyens de le préserver.
Dans un monde où les ressources, les technologies et les données deviennent des instruments de puissance, nous ne pouvons protéger efficacement que ce que nous avons d’abord pris la peine d’identifier.
Cette réflexion nous conduit directement au prochain enjeu de cette série : la technologie elle-même est désormais devenue un terrain de compétition et de confrontation entre les États.
Ce sera l’objet du prochain article : La prochaine guerre sera aussi technologique.
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