Chaque année, à l’occasion du solstice d’été et de la Journée nationale des peuples autochtones, nous sommes nombreux à souligner l’apport essentiel des Premières Nations à l’histoire, à la culture et à l’identité de ce territoire que nous partageons.
Dans cet esprit, je souhaite partager une réflexion qui m’habite depuis longtemps : celle d’une refondation démocratique du Québec avec les Premières Nations.
Et si, au lieu de penser notre avenir politique dans les cadres hérités du passé colonial, nous imaginions ensemble un Québec souverain, réellement plurinational, où les Premières Nations disposeraient d’une voix politique officielle à l’Assemblée nationale?
Une telle réforme n’est pas une utopie. Elle est non seulement envisageable, mais profondément souhaitable. Elle constituerait un acte fondateur d’un pays qui, dès sa naissance, reconnaîtrait la présence millénaire des Premières Nations sur le territoire et leur rôle fondamental dans le tissage de notre avenir commun.
Pourquoi une telle réforme est-elle non seulement possible, mais essentielle?
Reconnaître les Premières Nations comme des nations à part entière
Les Premières Nations ne sont pas des groupes d’intérêt ni des communautés culturelles parmi d’autres. Elles sont des nations. Avec leurs langues, leurs traditions, leurs systèmes de gouvernance. Accorder une voix politique officielle à chacune d’elles au sein des institutions québécoises, ce serait enfin reconnaître leur souveraineté inhérente. Ce serait leur dire : vous n’êtes pas invités chez nous, nous sommes cohabitants sur une même terre.
Rompre avec l’exclusion historique
Le système électoral actuel repose sur une carte coloniale fondée sur le poids démographique de la majorité. Il a systématiquement marginalisé les Premières Nations. Or, elles sont directement touchées par des enjeux majeurs — l’environnement, la protection du territoire, la justice, l’éducation, la santé, la langue. Ne pas leur accorder de voix dans la prise de décision politique, c’est perpétuer une forme d’exclusion institutionnelle.
S’inspirer des modèles existants
Ailleurs, des exemples concrets démontrent que cette inclusion est possible et bénéfique. En Nouvelle-Zélande, des sièges sont réservés aux Maoris au Parlement depuis 1867. En Norvège, en Suède et en Finlande, les Samis disposent de leurs propres parlements pour les affaires qui les concernent. Ces modèles renforcent la légitimité démocratique et la paix sociale.
Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas faire mieux?
Cette réforme marquerait un tournant.
Elle poserait les bases d’une cohabitation politique fondée non sur la tutelle, mais sur le respect mutuel. Un Québec souverain pourrait ainsi se construire non contre, mais avec les Premières Nations. Une nation qui reconnaît la pluralité des voix sur son territoire est une nation plus forte.
Mais un tel projet ne va pas sans défis. Il ne saurait être imposé d’en haut. Il devra faire l’objet de véritables négociations de nation à nation, en respectant la volonté de chaque peuple autochtone. Certaines communautés préféreront conserver leur propre autonomie politique; d’autres pourraient souhaiter s’asseoir à la même table que les élus québécois. C’est à elles d’en décider.
Il faudra également anticiper les résistances d’une partie de la population majoritaire, habituée à une conception majoritaire de la démocratie. D’où l’importance d’un travail de pédagogie, de dialogue, de réconciliation.
Proposition : le Cercle des Nations
Pourquoi ne pas créer un Cercle des Nations au sein de l’Assemblée nationale? Chaque nation autochtone reconnue au Québec pourrait y désigner un·e représentant·e disposant d’un droit de parole, voire d’un droit de vote sur les questions qui les concernent directement : environnement, territoire, justice autochtone, développement économique local. Ce modèle hybride permettrait de concilier représentation symbolique et impact concret.
Cette réforme ne serait pas un simple geste symbolique : elle serait une déclaration de vision.
Elle incarnerait un Québec plus juste, plus respectueux, plus audacieux.
Un Québec qui ose inventer un nouveau pacte politique avec les Premières Nations.
Un Québec souverain peut — et doit — naître sous le signe du respect, du dialogue et de la cohabitation. À nous de faire ce choix.
Luc Tousignant
En toute liberté
À la suite de la publication de mon dernier livre, Manifeste pour une nation ambitieuse : le Québec à la croisée des chemins, j’ai souhaité poursuivre la réflexion sur les grands enjeux et les défis auxquels le Québec d’aujourd’hui et de demain devra faire face.
Nous vivons une période de profondes transformations. Bouleversements géopolitiques, retour du protectionnisme, révolution de l’intelligence artificielle, changements climatiques, fragilisation des chaînes d’approvisionnement, course aux ressources naturelles et aux minerais critiques : le monde évolue rapidement et les rapports de force économiques se redessinent.
Dans ce contexte, je souhaite proposer une série de courts articles sur un sujet encore trop peu présent dans le débat public québécois : l’intelligence économique..
Premier article :
Le Québec sait-il vraiment défendre ses intérêts?
Deuxième article :
Les États ont des intérêts. Le Québec aussi.
Troisième article :
Quatrième article :

Article #1 :
Pour en finir avec la gouvernance opportuniste à la petite semaine.
Article#2 :
Le vieillissement n'est plus une surprise
Prévenir coûte moins cher que réparer
Éduquer au-delà de la prochaine rentrée scolaire
Innover au-delà de la prochaine stratégie
Intégrer le climat aux finances publiques
Un plan budgétaire québécois jusqu’en 2050

L’indépendance, c’est aussi l’ouverture au monde.
Lorsque le Québec deviendra un pays, il devra se doter d’une politique étrangère à son image. Le Livre bleu du Parti Québécois ouvre déjà une voie : miser sur l’agilité des États de la taille du Québec, renforcer notre présence diplomatique et nous donner les moyens de défendre directement nos intérêts.
Il faut maintenant définir ce qui pourra distinguer notre diplomatie.
1. Défendre nos intérêts
Une politique étrangère doit d’abord servir les intérêts économiques, environnementaux, culturels et stratégiques de la nation.
Un Québec indépendant pourra négocier ses propres accords, choisir ses partenaires et défendre directement ses priorités, plutôt que dépendre de celles du Canada.
2. Choisir nos créneaux d’influence
Tout comme le Canada, nous ne serons jamais une grande puissance militaire et nous n’avons aucune intention de le devenir. Nous pouvons cependant devenir une puissance d’influence.
La Norvège s’est distinguée par la médiation internationale, l’Estonie par le numérique, la Finlande par l’innovation et la sécurité.
Le Québec pourra miser sur l’énergie propre, l’électrification, l’intelligence artificielle, le quantique, la gestion de l’eau, la culture et l’adaptation climatique.
Concentrons nos forces là où le Québec peut faire une différence
3. Faire du français un instrument de puissance
Le français ne doit pas seulement être une langue à protéger. Il peut devenir un formidable outil diplomatique, économique, scientifique et culturel.
Le Québec pourra s’affirmer comme l’un des grands carrefours de la Francophonie dans les Amériques et utiliser cet espace comme un véritable réseau d’influence.
4. Assumer un leadership environnemental
Avec son hydroélectricité, ses réserves d’eau douce, ses forêts, son expertise en électrification et son immense territoire nordique, le Québec possède des atouts considérables.
Il pourra faire de la transition énergétique, de la protection du territoire et de l’adaptation climatique des piliers de sa diplomatie.
5. Développer une diplomatie nordique
L’Arctique occupera une place croissante dans la géopolitique mondiale.
Le Québec devra développer une politique nordique propre, en collaboration avec les Inuit et les Premières Nations, et approfondir ses relations avec les pays nordiques.
Notre géographie doit devenir un véritable avantage stratégique.
6. Penser comme un petit État ambitieux
Le Danemark, la Finlande, la Norvège, l’Irlande, l’Estonie ou la Slovénie démontrent qu’une population relativement modeste n’empêche ni l’influence ni l’ambition.
Leur force réside souvent dans leur capacité à être plus agiles, plus cohérents et plus spécialisés.
Voilà la doctrine internationale que le Québec devra commencer à bâtir : défendre ses intérêts, concentrer son influence, faire du français une force diplomatique et assumer pleinement sa géographie nordique et son leadership environnemental.
L’indépendance c’est enfin la possibilité de parler, négocier et agir dans le monde en notre propre nom.

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